42 %. Ce n’est pas le taux de réussite à un examen obscur, mais la proportion d’enseignants qui, en France, estiment avoir les moyens nécessaires pour transmettre la citoyenneté à l’école, comme l’impose la loi depuis 2013. Entre prescriptions officielles et pratiques de terrain, le fossé demeure, malgré les réformes répétées.
Selon l’établissement fréquenté ou le lieu de scolarisation, l’accès à ces enseignements varie du tout au tout. Ce constat n’est pas anodin : la recherche l’a démontré, certaines compétences transmises dans ce cadre pèsent lourd dans la lutte contre les inégalités et le renforcement de la cohésion sociale.
Pourquoi l’éducation à la citoyenneté est plus essentielle que jamais aujourd’hui
Dans un pays traversé par tant de débats et de tensions, l’éducation à la citoyenneté constitue bien davantage qu’une matière à enseigner : elle devient la colonne vertébrale du collectif. Apprendre à vivre ensemble ne se décrète pas. Cela suppose d’insuffler, dès le plus jeune âge, une vision claire du lien entre chacun et la société, un sens du droit et du devoir, mais aussi du respect partagé.
Derrière le mot citoyenneté se cachent plusieurs facettes réunies autour d’un même objectif : permettre à tous de se sentir concernés. L’aspect politique, c’est le droit de vote, la liberté d’opinion, et l’engagement envers la démocratie. Le volet social, lui, exige solidarité et respect d’autrui. Sur le plan culturel, il s’agit de se reconnaître dans une langue commune, de partager un patrimoine, d’oser la rencontre de l’autre. Reste la dimension économique, qui relie tout citoyen à la réalité du travail, de la participation à la vie active.
L’école, de la maternelle au lycée, porte ce projet avec la conviction qu’il ne s’agit pas seulement de transmettre des savoirs, mais aussi des attitudes, une posture critique, l’habitude d’analyser l’information, de débattre, ou de s’engager. Peu importe la matière enseignée : tout moment peut devenir terrain d’apprentissage de la citoyenneté si l’on y prête attention.
Les quatre piliers : des fondations pour une société plus juste et inclusive
En posant les jalons de la formation citoyenne, l’UNESCO a dégagé quatre piliers. Ces axes structurent une vision ambitieuse, mais terriblement concrète, du rôle de l’école dans la société.
Pour donner chair à ces piliers, regardons de plus près ce qu’ils recouvrent :
- Apprendre à connaître : stimuler la curiosité, aiguiser l’esprit critique. Ici, la priorité ne va pas à la simple mémorisation mais à la compréhension, à la logique, à l’émancipation intellectuelle de chacun. Les enseignants invitent à questionner, à se forger ses propres outils d’analyse, à adopter des méthodes actives pour que le savoir soit un tremplin et non une fin en soi.
- Apprendre à faire : place aux compétences concrètes ! Qu’il s’agisse de résoudre un problème, d’orienter un projet ou de mobiliser ses savoirs dans l’action, ce pilier valorise l’initiative, la capacité à s’adapter. Les travaux de groupe, les usages numériques ou l’expérimentation directe viennent renforcer l’apprentissage.
- Apprendre à vivre ensemble : comprendre l’autre, accepter les différences et faire l’expérience de la coopération. Dans la pratique, débats, activités communes et projets collectifs rythment la vie scolaire. C’est au fil de ces échanges que se forment la tolérance et la faculté à dialoguer sans préjugé.
- Apprendre à être : ce pilier mise sur l’épanouissement personnel, la confiance, l’expression de soi. Pratiques sportives, culturelles ou artistiques, gestion des émotions… chaque élève construit son identité dans le respect de soi et des autres.
Ces quatre volets s’enrichissent mutuellement. Ils invitent les enseignants à aborder la citoyenneté sous des angles variés et à enraciner, dès l’enfance, l’idée d’un monde où chacun a un rôle et une valeur.
Égalité, engagement, esprit critique, vivre-ensemble : zoom sur les valeurs qui changent tout
Bien plus qu’une suite de droits civiques, la citoyenneté s’ancre dans des actions concrètes et un socle de valeurs partagées. L’égalité, d’abord, n’est pas négociable : lutter contre les discriminations, garantir la mixité et ouvrir à tous sans barrière sont autant d’objectifs poursuivis dans les associations, dans les établissements, par tous ceux qui s’engagent sur le terrain.
L’engagement citoyen se cultive dès l’école. Ces dernières années, on a vu naître de multiples initiatives pour inciter les jeunes à prendre la parole, débattre, s’impliquer dans des projets collectifs ou solidaires. Donner aux élèves les moyens d’agir, de comprendre le passé, de combattre les préjugés, mais aussi de rester lucides face à la désinformation, c’est affûter leur esprit et leur donner les outils pour préserver notre démocratie. Rien n’est laissé au hasard dans ce processus exigeant.
Promouvoir le vivre-ensemble, ce n’est pas qu’un objectif sur le papier : la coopération, la liberté d’expression, la valorisation des différences prennent une place de plus en plus nette dans les projets éducatifs. On parle d’écoute, de médiation, de débats organisés en classe, qui forment les citoyens de demain à déjouer les pièges des oppositions stériles et des caricatures.
Le socle commun, ce sont aussi la laïcité, l’égalité des chances, et le respect de la diversité. Des institutions et des mémoriaux sont là pour rappeler combien l’histoire, l’éducation et la vigilance collective sont fondamentales pour faire vivre la citoyenneté dans chaque génération.
Comment chacun peut devenir acteur de la citoyenneté au quotidien
À l’école, la citoyenneté n’est pas une abstraction. Dès le primaire, le fameux parcours citoyen figure au menu des élèves, à travers l’enseignement moral et civique (EMC). Ce temps pédagogique articule réflexion sur les droits, apprentissage des devoirs et responsabilité partagée. L’EMC, c’est aussi la pratique du débat, l’écoute et la prise de parole, en classe comme lors d’ateliers dédiés.
Différents thèmes rythment la scolarité et permettent un ancrage dans la réalité :
- Égalité filles-garçons
- Laïcité
- Lutte contre les discriminations
- Développement durable
Du CP au lycée, ces thématiques traversent chaque étape. Les enseignants multiplient les formats : ateliers, projets communs, interventions extérieures. L’objectif : donner vie aux principes républicains, encourager la décision collective, développer la capacité à respecter les règles, tout en mesurant, concrètement, la portée de l’engagement individuel et du collectif.
Le parcours citoyen n’avance pas seul. Il croise, par exemple, le Parcours Avenir destiné à aider les élèves à se projeter dans la vie professionnelle, ou le Parcours éducatif de santé pour l’enseignement du bien-être et de la prévention. L’éducation aux médias et à l’information, elle aussi présente, affine l’esprit critique : apprendre à décrypter, analyser, distinguer le vrai du faux sont devenus des leviers incontournables de la vigilance citoyenne.
Conseil de classe, élections des délégués, organisation de projets solidaires : voilà des occasions, ordinaires ou marquantes, où la citoyenneté devient palpale. Au bout du compte, loin d’être un idéal réservé aux discours, elle s’installe dans le quotidien, et façonne, salle de classe après salle de classe, le visage de nos sociétés à venir.


