Le chiffre tombe, net : selon une étude menée à l’université d’Édimbourg en 2017, les aînés affichent, en moyenne, de meilleurs scores aux tests de QI que leurs frères et sœurs. Dès les premières années, l’écart serait déjà là, persistant tout au long de l’enfance.
D’autres travaux viennent tempérer cette affirmation. Ils mettent en lumière le poids des réalités sociales, économiques et éducatives. La différence, mesurée dans les tests, ne se traduit pas systématiquement par un écart de capacités ou de réussite à l’âge adulte.
Ordre de naissance et intelligence : que disent vraiment les études ?
Peut-on vraiment affirmer que le rang dans la fratrie détermine le QI ? Les grandes recherches internationales se sont penchées sur la question, à l’image de l’équipe dirigée par Julia M. Rohrer à l’université de Leipzig. Leur analyse, basée sur des dizaines de milliers de dossiers en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis, donne le ton : l’aîné présente en moyenne un QI supérieur d’un à deux points par rapport à ses frères et sœurs.
Ce que révèlent ces tests psychométriques, c’est la modestie de l’écart. Sur le terrain de la réussite scolaire ou professionnelle, la différence ne saute pas aux yeux. L’étude publiée dans le « Journal of Human Resources » le précise : la personnalité, créativité, sociabilité, stabilité émotionnelle, ne dépend pas du rang d’arrivée dans la famille. Franck Ramus, psychologue au CNRS, insiste sur l’importance de distinguer les nuances statistiques des différences qui comptent vraiment dans la vie concrète.
Au fond, la plupart des chercheurs s’accordent : si l’aîné semble parfois avoir un petit coup d’avance, l’effet reste discret, décelable surtout sur de grands groupes, jamais dans le quotidien d’une famille. L’environnement social, l’éducation reçue ou la dynamique familiale pèsent bien plus lourd que le simple ordre d’arrivée.
Les études suivies sur la durée, de l’enfance à l’âge adulte, montrent surtout que l’intelligence familiale ne se résume pas à une question de place. Légère avance pour les aînés, oui, mais chaque enfant trace sa route, développe ses propres ressources et s’appuie sur des expériences qui lui sont propres.
Pourquoi l’aîné semble-t-il bénéficier d’un léger avantage cognitif ?
Dans les familles, le premier-né occupe un rôle à part. Il bénéficie d’une attention parentale sans partage, du moins jusqu’à l’arrivée du cadet. Cette exclusivité encourage les échanges avec les adultes, enrichit le vocabulaire et stimule le développement intellectuel. Julia M. Rohrer et ses collègues l’ont constaté : l’aîné dispose, en moyenne, d’un point et demi de QI en plus que ses frères et sœurs. L’explication n’est pas à chercher dans la génétique, mais bien dans la dynamique du foyer.
Quand la famille s’agrandit, tout change. L’aîné endosse fréquemment de nouvelles responsabilités : surveiller les plus petits, expliquer, répondre à leurs questions. Ce rôle de guide, parfois même de petit professeur improvisé, stimule ses propres facultés. En chiffres, un aîné sur deux dans une famille de deux enfants détient le QI le plus élevé. Les attentes parentales, souvent plus appuyées pour le premier, accentuent cette stimulation dès le plus jeune âge.
L’expérience de la fratrie façonne l’apprentissage, la confiance en soi, la manière d’affronter les défis. L’aîné, confronté en premier aux exigences scolaires et sociales, balise le terrain pour les suivants. Mais rien n’assure une avance durable : chaque enfant se forge à sa façon dans la complexité du foyer.
Des différences nuancées selon le contexte familial et éducatif
Le contexte dans lequel grandit un enfant, les interactions au sein du foyer, la manière d’encadrer et d’accompagner l’apprentissage : tout cela façonne bien plus que le simple rang de naissance. Les études pointent parfois un petit avantage pour l’aîné, mais la réalité se révèle vite plus nuancée dès que l’on regarde la diversité des familles et des parcours scolaires. L’accès à une stimulation personnalisée change radicalement selon la composition du foyer ou les ressources éducatives disponibles.
En pratique, les cadets et benjamins profitent moins souvent d’un accompagnement individuel. Mais ils développent en compensation d’autres atouts : une plus grande indépendance, une créativité affirmée, une capacité d’adaptation qui fait la différence dans bien des situations. Comme le note Franck Ramus, la place dans la fratrie influence aussi la façon dont on se perçoit. Le benjamin, souvent comparé à ses aînés, se sent parfois en retrait, alors que le premier-né bénéficie d’une image valorisée tant par les parents que par l’école.
Voici comment cette dynamique s’exprime, selon différents profils :
- Le cadet tend à gagner en autonomie et à affirmer ses choix.
- Le benjamin, lui, peut rencontrer un rapport plus complexe à l’échec scolaire, tout en affichant un tempérament plus remuant.
Les enquêtes longitudinales réalisées en Allemagne, au Royaume-Uni ou aux États-Unis montrent aussi que les aînés connaissent plus fréquemment une promotion sociale. Pourtant, chaque parcours dépend d’une multitude de facteurs : relations au sein du foyer, climat scolaire, politiques éducatives… Le rang de naissance, à lui seul, ne fait pas tout.
Explorer au-delà des clichés : ce que la science révèle sur le développement intellectuel des frères et sœurs
Classer les enfants selon leur place dans la fratrie, voilà un réflexe tenace. Pourtant, les recherches invitent à dépasser ces étiquettes. Les études récentes, menées notamment par Julia M. Rohrer et son équipe, confirment un léger effet du rang sur le QI, mais insistent sur un point : la personnalité reste indépendante de la place dans la famille. L’écart moyen, autour de 1,5 point, reste bien trop faible pour dessiner des destins tout tracés.
La fratrie, c’est surtout une école de la vie, où l’aîné endosse souvent le rôle d’enseignant pour ses cadets, ce qui peut renforcer ses propres capacités. Les plus jeunes, eux, se construisent autrement, puisant dans la créativité ou l’autonomie pour tracer leur sillon. Aucun schéma psychologique figé ne se dégage du simple rang de naissance : tout dépend du contexte, des expériences partagées, du cadre éducatif, de la richesse des échanges au quotidien.
L’histoire regorge d’exemples qui déconstruisent les stéréotypes. De nombreux benjamins, qu’ils soient inventeurs, artistes ou chercheurs, prouvent que le talent s’épanouit loin des schémas préétablis. Si la science trace une légère tendance, elle rappelle aussi que l’alchimie familiale, la qualité de l’environnement et l’attention portée à chaque enfant écrivent la vraie différence. La place dans la fratrie ? Un détail parmi d’autres sur la route de l’intelligence et de la réussite.


